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Il pleut. Triste.
Deux ombres passent, un bec les suit. Je ne fais qu’observer la lune – elle n’existe plus. Je repasse le regard sur ces ombres délavées. Elles fuient. Lui aussi.
Rien. Des couleurs se séparent, en face. La pluie s’arrête. Triste. Un jour sans fin s’annonce. Tout pleure encore. Les ombres s’écrasent sur le bitume. Il fait chaud ce jour, bien sûr. Quelque chose tape dans ma tête. Ça n’est rien. Je regarde ailleurs. Tout disparaît sous la pelure du regard. Les yeux aussi pleuvent – pas aujourd’hui, pas encore. Peut-être...
Elle approche. Son regard est vitré. Les bruits sont sourds au loin, ils s’observent, aveugles. Tout semble s’éloigner. Je reste. Elle fuit. Dommage. Les gens passent. Les gens s’animent – ils vont. Nulle part. Rien n’existe. Absurde. Je souris. Mais quoi... ça n’est qu’un sourire. J’espère. Malgré l’exil des heures qui passent, je me sens bien. Rare.
Rien ne vient. L’infini de l’espoir fait vivre mon rêve. Je souffle les bougies du coeur ; elles ne s’éteignent pas. Tant pis. J’aimerais mourir. Statique.
Un visage trismégiste s’avance. C’est la pluie qui revient. Elle hurle. J’obstrue mes pensées. Rien. J’observe les choses ; elles ne savent pas. Je suis pour elles moins que la mort. J’existe, mais tout assure que je mens. Le bas fait mal. Rien que des pleurs qui sillonnent la nuit. Le bas fait mal, oui. Ça n’était pas la pluie... Je regarde ce visage. Il ne ment pas, lui. Il est beau sous son air exigeant. Je l’invite à s’asseoir. Il part. Rien. J’attends.
Tout s’esquive. Muet du désir de lui plaire, je revis le passé – son aspect squelettique m’incite à me taire. Je suis bien ici, à l’aise dans les vêpres du temps.
Elle semble si vraie quand elle regarde le monde, la lune. Mais peut-être veut-elle un autre part ; autre part qu’un ailleurs qu’elle n’existe plus vraiment. Oui, la lune est belle sous son air fuyard.
Je suis en manque, et rien ne plaît à mon désir. Il reste vide, las de mentir, encore ; mais rien ne m’appelle au dehors. Je reste. Peut-être un jour vivra-t-on les nuits exprimées... Sans doute.
Le soleil succède à la pluie. Triste. Peut-être. Le désir ment.
Le plaidoyer s’éteint. J’attends. Tout s’exile sous une tempête d’apparences expertes – elles s’insultent. Je suis bien.
Les pourparlers s’entament. Moi et moi-même discutons enfin : vantardise du moi-je, solennel. Une grimace se prend les pattes au plafond – rires. J’espère encore – vanité de l’espoir. Je virevolte, tout semble s’éteindre. Les pourparlers n’étaient pas utiles. Moi et moi-même nous entendons très bien.
Sous mon pied, la raison. Elle cherche, le nez fourré dans une nappe dialectique. Elle se plaint. Un coup part. Je la cache sous l’évier. La nappe s’évapore, laissant à terre quelques notions. Absurde.
L’évier tombe, je ris. Il a plu. Éreinté, l’oiseau chante. Il dépose sur l’espoir sa vision du passé. Ses toiles vides collent aux nuits des songes.
Les choses guettent. Silence. Un oeil cligne, signal habituel. J’entre dans la souche des rêves.
L’oiseau-lune vient me parler. Derrière lui le visage, honteux. Sa démesure le fait vivre. Il sourit. L’oiseau-lune s’est fait gober. Dommage, il disait des choses.
Les sirènes m’exaspèrent. Je fuis. Un sourire, rien qu’un sourire et je contenterais mon être... J’attends, las de vouloir tout connaître, j’attends et ne fais rien. Je mens.
Rien ne viendra plus ici. Trop. Ailleurs. Peut-être trouverai-je ce qui manque au rêve.
Autre part, autre temps. Peut-être. Calme. Attendue depuis longtemps, l’ombre repasse. Je ne la retiens pas. Peut-être reviendra-t-elle. J’attends.
Tout sombre en un magma de pleurs rauques. Je retiens l’envie de satisfaire aux choses. Elles passent. Rien ne retient plus l’espoir. Trois lettres éclatent sur mon front fmr. Tout adviendra maintenant, j’en suis sûr. La douleur d’exister n’exalte plus l’envie de mourir. Éphémère... Les trois lettres s’inscrivent d’une couleur argentée.
Les choses désormais résonnent de leur cri étrange. Une femme m’attire. Ses ailes de fonte retiennent son désir. J’exulte ! Elle promène un passé qui l’aide a survivre. Morne. Elle s’exhibe, obscène. Rien.
Je croise les jambes. Inutile. Tout désespère l’évidence de l’absurde.
Fuir la douleur du plaisir. Son arôme m’exile, je ris – pas de trêve sous l’apparence du désir. Désormais, rien ne fuit. Se délecter du vide... Tout se tâche, grimace. Rien n’est encore commencé.
Les gens errent. Ils regardent à l’entour. Rien pour combler leur rêve. Tout est à recommencer. Le début des choses est loin, le revenir s’en va. Ils partent. Rien.
Revenir à l’espoir d’oublier... J’exècre le passé, son odeur m’obsède. Il se marre.
Ici les gens vivent, ils rient. Leur humour emplit la pièce d’une odeur de sel... L’odeur poivrée du vide recommence à mentir. Je souris.
Une musique se charge d’ébruiter le silence. Mais un silence est vain, rien ne peut arrêter sa forme obscure. Bruine d’un rêve il s’élance. Rien n’arrêtera ce silence. Peut-être.
Les gens s’observent sous la brume de leurs désirs. La musique change. Inutilité d’une saison qui passe, encore. On ne sent plus l’instant qui vient.
Le visage repasse, ça n’est pas la pluie, je le reconnais ; mais pour le définir... Je ne lui demande rien. Il s’assied. Son revenir m’est agréable, mais il fuit encore. Rien. Tout désespère du plaisir de s’enfuir, je suis bien. Rien ne couvre mon plaisir. Rare. Les choses s’animent au gré du devenir.
La couleur argentée revient, elle mentait. Tant mieux. Les maux s’engendrent, récupérés par des phrases absurdes. Rien. J’existe. Peut-être. Vide. J’observe les choses sans pouvoir m’imprégner de leur être. Il me parvient comme une onde retenue aux apparences. Seul, peut-être. Les choses s’engourdissent, elles ne distinguent plus les limites du plaisir. Leur importance m’exaspère. Leur jus coule sous des yeux dépecés. Rien ne commence, pourtant. J’attends. La pulpe des choses lève l’envie de comprendre. Rien n’explique. Pourquoi ?
Rien n’est plus aujourd’hui que l’écorce de l’être... Sans doute un jour vivra-t-on les nuits exprimées...
La tristesse ! Fruit défendu... Résiste ! Ferme-la, salope ! Espoir d’un amour reconnu.
Fuir le bonheur...