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(Redites fléchées et traces effacées, légères...)
Retourner aux lieux qui me hantent revient, c’est peu dire, à retourner en toi ; c’est ce chemin en tout cas que je choisis pour dire – l’impalpable douceur de toi que je décline sans la définir. Flemme chronique à l’appui, j’ai corrigé mon réseau synaptique de manière à réfléchir plus souvent ton image – en contre-jour d’ailleurs et par un double renvoi elle se déforme quelque peu, qu’y puis-je ? Et comment pourrais-je déplier l’enfermement qui la broie – cette image –, comment raconter le retournement qu’engendre ton nom, comment parcourir sans en provoquer l’usure ce nom grogui, malade ? Recommencements précieux, subtils, qui n’entretiennent plus même le volubile petit pois qui me tient lieu de cervelle ; recommencements tournés, retournés, détournés... et qui renvoient l’appel. Flatte-t-il le prisme de ton regard, cet appel ; te caresse-t-il de ses ritournelles voyageuses ; vient-il déranger tes souvenirs ; croît-il de manière exponentielle comme une meurtrissure sous les ressacs du rire ? Éternel bouffon, je ris souvent de ne pas être digne de mon double, d’envoyer vers des terres inconnues la subversion de l’éclat.
Repérage minutieux : j’organise autour de ton nom la lumière de mon image – ce mirage insidieux qu’il me faut cacher. Flaire un peu ce qui en sort et peut-être devineras-tu la doublure – ce monstre bienveillant qui se terre sous l’écrit ; peut-être encore les mots happeront-ils ton regard, l’inversant juste ce qu’il faut pour accueillir l’astuce. Étonnant corps à corps du langage : c’est de ce miroir-là que l’image surgit – il faut définir son statut : y mettre du relief. Reste que ce nom qui me hante – ton nom – je le reçois comme une plainte – la mienne – ; il me re(n)voit d’un coup de cil. Flamme asthmatique pourtant il se ridera, se tassera : il ne sourira plus – ou alors en-dedans, et à petites doses : il verra la mort qui se marre. Étoile éteinte depuis des millénaires on le dira revenu de nulle part.
Redire, y (re)venir, sans cesse la (dé)finir – l’image –, maltraiter notre communauté, souiller ce qui nous est propre, n’appartenant qu’à moi : tu ne sais pas parler. Fleur à peine éclose, déjà mon regard te vise qui fait surgir le tien, pour ne laisser apparaître qu’un oeil froid et revêche : l’oeil de glace. Étant assez voyeur pour jouir de nos ébats, je fantasme mes formes, les déforme, reforme, m’informe de la tâche sur ton front : ça n’est qu’une ombre – un chant lascif. Remettre l’illusion du nous à plus tard ne serait pas correct, surtout pour toi, condamné à suivre ma trace, ombre déchirée par un film d’argent : tu te plies à mon réel. Fêlure étrange, pli recommencé par le jour, ton apparence m’est de plus en plus insupportable ; ta symétrie me gêne, je suis mal à l’aise en toi – cette présence mimétique... Établir une relation nouvelle pour te rendre acceptable, c’est ce qu’il faut que je m’emploie à faire, même si le courage manque, même si ta présence me ronge : c’est ce qu’il faut.
(Trop effarouchés, les replis flasques étouffent...)
Très vite, j’essayai de me défaire de la présence ; je refusai de me laisser prendre à son piège, mais elle fusait de toutes parts, son halo plus ou moins net hantait la crête de mes vécus : longtemps j’ai crié contre mon image – j’aurais voulu être fort. Effusions de rires, valse des choses, fracas d’humeurs diverses, rien ne faisait disparaître la doublure ; s’interrogeant peut-être sur le pourquoi de ma folie, elle m’imitait cependant avec rigueur. Le vaste froufrou de notre humeur trimbalait sa jambe languissante, il croisait les renvois sur la crête. « Traverse ! » murmurais-tu, « Traverse, et n’en reviens jamais ! ». Il me sembla que le geste eût passé mon désir au rouleau... Alors j’ai éteint la lumière, mais sous les rayons de lune je percevais encore notre image – au visage évasif. Effarant regard que le nôtre, abruti par les failles du vide ; regardé-regardant, pris à son piège stupide, nous hébétions l’envie sous le gel. Lever le trouble relève du miracle ; mais la transparence ne s’acquière qu’au péril d’une vie, ou, ce qui revient au même : d’une redite – d’une parole repensée.
Trêve de redites : tu formeras autour du halo des gerbes de lumières ; tu réinventeras un abri pour éviter le temps couvert. Effilé comme une ombre, tu te courberas à la mesure des ans, suivant ma trace tu te feras plus indistinct, plus flou ; alors nous devrons partir. Les troubles nous sembleront ridicules comparés au déchirement de notre regard. J’ai peur, encore... Triviale espérance que la nôtre, de ne jamais plus nous faire exister l’un-l’autre : toi, par le renvoi de l’image, moi, en supportant cette image-là – cette image, je la verrai comme mon fief. Effacées, nos traces n’en paraîtront que plus ridicules – et d’ailleurs, plus ridicules pour qui, puisque nous auront disparu ? –, elles formeront de longues traînées opaques qui englueront notre idéal. Lecteurs de mes contours amorphes, nous retiendrons quelques pleurs – à moins que tu ne m’ignores assez pour ne pas rendre ses comptes à l’Heure...
Trésors, gloire, trône et autres broutilles n’y changeront rien, c’est du moins ce que l’on peut dès à présent établir – peut-être à tort. Effaré, je me berce de l’illusion que tu m’offres, je nous regarde et t’en veux bêtement de nous reconnaître – rien ne satisfait à mon désir. Leçon de modestie, peut-être...