Un humain-humaniste-humanisant
Répand sur les vertes collines
Son savoir de brebis
Il court, il court l’humaniste
L’Homme l’écoute
L’Homme aime l’humaniste et
L’humaniste le lui rend bien
Il est ivre de voir l’Homme l’adorer
Et il court, il court l’humaniste
Son beau visage d’humaniste
S’ouvre et sourit à l’Homme
« Je vous aime ! »
L’humaniste frissonne
Il aime l’Homme...
Des épines de plaisir
Parcourent son corps
– Son corps d’Homme
Fait de tous les hommes
Fait pour tous les hommes –
L’humaniste rit
Et son ventre le démange
Et ses membres s’amollissent
Il hurle encore « Je vous aime ! »
Mais l’Homme lâche deux enfants
Ils sont laids ces deux mômes
La bouche convulsée, les mains
Noires de malheur
« M’sieur, m’sieur, z’auriez pas à manger ? »
Il court, il court l’humaniste
Il leur crie que non
– Il n’a que son coeur à offrir –
Les petits d’homme ravis implorent alors
« M’sieur, dites... on voudrait qu’on nous aime »
Le monsieur s’arrête
Ces mômes sont miteux avec
Leur froc de sardine et
Leur odeur de misère
Son regard d’humaniste
Se jette sur cette crasse de môme
« Lavez-vous d’abord
J’aviserai ensuite ! »
Il est fier l’humaniste
Il a donné un judicieux conseil à ces
Enfants merdailleux
Un vieux monsieur l’attend
Plus loin
Il est borgne et sourit :
– Un peu de pain pour ma femme qui se meurt...
– Qu’est-il arrivé à ton oeil ?
– Je l’ai perdu en me battant...
– C’est arrivé à la guerre ?
– J’ai volé du lait pour mes enfants...
Malheureux homme ne
Sachant que voler !
L’humaniste lui pardonne
Il est bon l’humaniste
Et il a pardonné
***
Après de longues journées d’errance
L’humain-humaniste-humanisant
Arrive au bout du chemin
C’est là qu’il trouvera l’Homme
Et l’Homme l’acclamera
Et il rira l’humaniste il sera
Là-haut avec le ciel et les étoiles
Mais sa surprise le surprend tant
Qu’il ferme les yeux
Non, l’Homme ça n’est pas ça
Pas eux !
L’Homme c’est superbe-courageux
Humble-fort-beau de désespoir...
Et il rouvre les yeux
Devant lui les
Deux mômes et le borgne...
« Nous t’attendions l’humaniste.
Maintenant que tu vois l’Homme
Qu’en penses-tu, toi, l’humaniste ?
Est-il beau l’Homme ?
Est-il courageux et fort ?
Cet Homme que tu cherches n’existe pas.
Il n’y a que des individus qui survivent
Et qui meurent »
Alors l’humain-etc.
Se met à rire
Et il étale son rire sur
La gueule des trois pauvres individus
Assis là devant lui
« Ah ! Ah ! Quelle bonne blague
Tas de merde !
Vous n’êtes donc que des individus ?
Moi qui vous prenais pour l’Homme... »
Le voilà reparti sur les routes rassuré et
Gonflé d’un nouvel espoir
Mais arrivé au bas de la colline
Il entend une voix claire et forte
Lui cracher en deux mots
« Adieu, salaud ! »
Alors l’humaniste éclate encore son rire
Et il rit, il rit l’humaniste
Car l’Homme ne serait pas aussi
Ingrat que cette voix...
***
Il rit si longtemps qu’il pissa dans son froc. Et l’herbe, quelques instants après son passage, commença à jaunir.