Le bruit des choses
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Le bruit des choses

(Premiers oublis, 1991-1992)
De Emmanuel Saracco
Dédicacé à Sophie, Anne, Mélanie et Hélène
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Lèvres de nuit

Emmanuel Saracco
Lui rien ne le dérange avec son air vide il
N’est même pas personne et se dit
Pas grand-chose – lui –
 
Il observe amusé les
Efforts de la brise et sans
Même y penser d’un grand
« Oui » s’en rapproche
 
Ses cheveux élancés
N’altèrent aucun songe
Ses cheveux de bohème
Obscurcissent un peu tout
 
Lui qui somnole au son sucré du trombone
Jazz à gogo d’un joueur qui s’envole
Si l’on prête les sens à sons sens inversé
– Cet irréel...
 
Rien qui ment ou déchire
Rien qu’un tout de
Personnes qui s’exilent sous
Un voile
 
Élixir d’hellébore pour malades élimés
Il coule et saoule et saigne
Les petits mots soignés
 
Lui rien ne l’intéresse que
Le rire des femmes
Quand il fait comme un cri
Et s’étale en tremblant – lui –
 
Moi qui ne supporte rien sans
Vibrer sous l’éclair
Je me saoule de ses mains et ses mains
M’exaspèrent – moi –
 
Nos lèvres s’écrasent
En une gadoue de lèvres
Et lui comme moi
Pénétrons la morale
 
J’en mâche une oreille et puis deux
Et son sexe et son nez puis ses fesses
Et il saigne moi aussi au pays de
Nos lèvres broyées
 
J’introduis sa lumière
Sous mes yeux de papier
Et dessine sur mon corps
Le papillon d’hiver – cet irréel...
 
Mais il se refait et s’éveille
Il est l’aube rougie quand on l’a
Fusillée
 
Tout s’éteint et nos yeux qui
S’emmêlent ne voient plus
Que l’espoir d’un
Combat à refaire
 
Alors nous sortons de la morale
Et pour plus de précautions
Lui et moi allons nous laver

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